Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint

Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint

 

Lecture de la première lettre de  Paul aux Corinthiens , chapitre 6, versets 13 à 15

Frères, le corps n’est pas pour la débauche, il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps ; et Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera nous aussi. Ne le savez-vous pas ? Vos corps sont les membres du Christ. Celui qui s’unit au Seigneur ne fait avec lui qu’un seul esprit. Fuyez la débauche. Tous les péchés que l’homme peut commettre sont extérieurs à son corps ; mais l’homme qui se livre à la débauche commet un péché contre son propre corps.

versets 17 à 20

Ne le savez-vous pas ? Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car vous avez été achetés à grand prix. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps.

– Parole du Seigneur.

Prédication

1) Dans un premier temps, examinons le contexte historique dans lequel Paul a évolué. Saül de Tarse était citoyen romain, c’est à dire membre des plus hautes classes sociales de l’époque au Proche Orient. Certains historiens ont avancé que pour bénéficier de ce statut en tant que juif, il était probablement apparenté à la famille des Hérodiens. Quoi qu’il en soit, graviter dans les classes les plus aisées où il avait reçu une excellente éducation classique et polyglotte l’a obligatoirement conduit dans sa jeunesse, avant sa conversion, à assister, sinon à participer à des orgies. Il sait donc parfaitement ce qu’est la débauche.

Nous savons tous que le monde romain, des douze césars entre autres, était une société extrêmement hiérarchisée, constituée de plus d’un tiers d’esclaves dont le sort variait considérablement, de l’état de machine humaine à la campagne ou dans les mines, à celui d’esclave favori partageant le luxe du palais impérial. Devenu esclave suite à une guerre ou fils d’esclaves, l’humain n’avait alors aucun droit. Le statut social d’un citoyen romain se mesurait au nombre d’esclaves qu’il possédait. Le prix de l’esclave a beaucoup varié selon les époques et les lieux mais se situait, en moyenne, aux alentours de 2000 sesterces , soit environ 1500€; son entretien revenait à 300 sesterces par an, soit 250€.

La valeur monétaire de l’esclave incite son maître à en prendre soin afin que son investissement soit rentable. De même, il a des devoirs envers lui : le nourrir, le vêtir et le loger. Les privations sont le châtiment le plus courant, mais les coups, les mutilations, ou même, avant le 1er siècle, la mort peuvent être pratiqués en toute impunité. Puis les lois améliorent la situation de l’esclave, certains mauvais traitements sont interdits et lourdement condamnés, il est également interdit de revendre un esclave vieux dans le but de s’en débarrasser. Les conditions de vie de l’esclave rural s’améliorent légèrement car l’approvisionnement massif en esclaves lors des grands conflits s’est tari avec la « pax romana » impériale Au IVe siècle, l’Empire Romain deviendra chrétien, sans que le principe de l’esclavage ne soit remis en cause. Notons qu’aucune discussion ne sera nécessaire pour établir que l’esclave possède une âme et peut être baptisé, question qui sera posée ultérieurement (entre autres en Amérique du Sud après sa découverte par les Européens). À la chute de l’Empire romain d’Occident, l’esclavage perdurera, et sera remplacé par le servage médiéval.

Sous une autre forme, l’esclavage alimente les jeux du cirque, une perversion que nous avons du mal à comprendre aujourd’hui chez des romains dont la culture a illuminé notre civilisation jusqu’à nos jours. On sait par exemple que l’empereur Auguste utilisa sous son règne environ dix mille gladiateurs, dont évidemment 99% moururent dans des combats d’une cruauté toujours plus inventive.

2) Ce développement sur l’esclavage explique la facilité donnée aux citoyens romains pour s’adonner à la débauche, aux excès les plus variés, à la recherche effrénée des plaisirs des sens, toutes attitudes dont Paul a été le constant témoin.

On peut rechercher les sens du mot-clé de ce texte, la débauche : qu’il s’agisse de disperser , éparpiller , du dérèglement des mœurs, d’écarter, de détourner de son travail ou de son devoir ; l’idée à retenir est celle de l’excès, du débordement.

Ce que le rapport entre l’esclavage et la débauche met le mieux en évidence, c’est l’instrumentalisation du corps humain créé par Dieu. Dans cette activité, le corps est dissocié de l’esprit qui l’anime. Objet sexuel, objet de spectacle, il a perdu sa liberté, son libre-arbitre. Il devient instrument dans la main de celui qui, par l’esclavage ou l’oppression, le possède, momentanément ou définitivement. Le bafouer, c’est donc nier la flamme divine incarnée dans chaque individu.

« Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car vous avez été achetés à grand prix ».

Ainsi donc, Paul sait très bien comment bafouer l’œuvre de Dieu, mais qu’en est-il aujourd’hui, à notre époque et dans le monde occidental où l’esclavage a totalement disparu (ce qui n’est pas le cas dans d’autres parties du monde où il sévit sous des formes déguisées, mais c’est un autre sujet)? Si la débauche n’est plus chez nous subie (du moins à la première observation), elle demeure omniprésente. Internet a grandement facilité la prostitution, ainsi que sont contraintes de la pratiquer beaucoup d’étudiantes pour financer leurs études ; on ne compte plus les arrestations de maquereaux qui mettent sur le marché de pauvres filles souvent étrangères et à peine francophones, abusées par toutes sortes de chantages ou de tortures.

Cependant la grande évolution de notre époque est la généralisation, via internet, du donjuanisme désormais accessible aux physiques quelconques et aux âges les plus avancés. Des réseaux sociaux spécialisés, sous prétexte de nous permettre de « trouver l’âme sœur » servent surtout de plateforme pour changer de partenaire quasiment tous les soirs. Nombre de nos contemporains vont ainsi de rencontre en rencontre, uniquement physique, ne se souvenant même plus qu’ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes à des personnes retrouvées parfois dans la rue ou dans une réunion sans les reconnaître. Et je n’évoquerai pas les clubs échangistes où des couples s’étant juré fidélité à la mairie et à l’église se donnent sans vergogne à des inconnus.

Loin de moi l’idée d’empêcher ces activités, chacun est libre de ses mouvements et cherche le bonheur à sa façon. Néanmoins, si l’on se place dans une perspective chrétienne, et dans le droit fil de l’épitre de Paul, il me semble que l’on ne devrait pas galvauder ainsi son corps, « sanctuaire de l’Esprit Saint » sans prendre en compte une donnée de plus en plus oubliée par les Don Juan actuels. C’est l’amour, sans lequel ces rapports ne sont que gymnastique et épuisement moral à la poursuite éternellement infructueuse de l’état de sérénité. Beaucoup d’échangistes-butineurs vous diront qu’ils ont grandement souffert de l’amour et que, pour cette raison, ils ne veulent plus en entendre parler et se contentent de rechercher la satisfaction physique. Il est évident qu’ils ont perdu l’espérance et se cantonnent dans le cynisme le plus étroit.

3) Ils se méfient de toute intervention de l’affectif et du spirituel ; ils se référent dans leurs arguments à des comportements d’un autre âge que le texte de Paul, incroyablement interprété, a générés. Car l’église, et particulièrement la nôtre, a largement abondé dans l’assimilation de tout comportement sensuel à de la débauche, causant ainsi d’innombrables vies de malheur. Même les manifestations sincères d’affection et d’amour profond furent soupçonnées, dès lors qu’elles donnaient lieu à une expression physique toute naturelle. Dans le texte ci-après, tiré de « Ennemonde et autres caractères », Jean Giono stigmatise, avec le cynisme total qui guida la seconde partie de sa vie d’écrivain, le comportement de protestants réfractaires qu’il a côtoyés dans des écarts , entre les basses et le hautes Alpes. Honoré a imposé à son épouse Ennemonde, dès le soir du mariage, la chemise de nuit à trou au niveau de l’entre-jambe. Cet usage barbare destiné à limiter au minimum le plaisir sexuel n’est, hélas, pas une légende et a été pratiqué jusque dans les années 1940 par des frères et sœurs intégristes.

texte (éditions folio page 60 et 61)

« C’était une petite agglomération restée très longtemps huguenote et qui peu à peu était devenue pire. C’est de semblables endroits que venait la chemise de nuit à trou. Pas besoin d’aller fouiner dans les bonneteries de l’endroit, il suffisait de regarder les boutiques et les « tenanciers ». Tout ici était étriqué et sale, les bouches mâchaient du charbon. La nuit des profondeurs qui soufflait dans l’enchevêtrement des vallons parcourait les rues sans réussir à les purifier d’un relent de Bible. Les protestants de ces régions avaient de tout temps protesté contre le protestantisme. Ils avaient fini par adorer n’importe quoi, à condition que ce n’importe quoi commande l’intolérance. On mangeait de la couronne d’épines dans tous les foyers à tous les repas. La religion était une sorte de commerce où l’incommodité était toujours préférable à la joie, le mépris au plaisir et finalement le vice à la vertu. »

Cette diatribe est volontairement outrée mais ne repose pas sur du vent. Certaines interprétations de l’épitre de Paul ont fait beaucoup de mal. Là où l’apôtre dénonçait les abominables excès de l’empire romain, des protestants fanatiques crurent bon de transposer sa parole dans leur époque (dont les orgies étaient rares et circonscrites aux classes sociales les plus favorisées). Il en est résulté l’exil des filles-mères et des femmes adultères, le bannissement de tout plaisir sous le prétexte que Christ avait beaucoup souffert et donné sa vie pour nous. Beaucoup d’ignorance des écritures donc (Jésus n’a jamais refusé un bon repas; il n’était certainement pas vierge, et un homme juif célibataire, très mal jugé à l’époque, aurait difficilement pu s’adresser au peuple).

Il est un fait que la religion catholique apparait masochiste et doloriste, et très culpabilisante, dans son ensemble. Déjà la notion de péché originel, et cette vision omniprésente d’un Christs agonisant, posé comme modèle, est une vraie horreur. Pour beaucoup de chrétiens, la notion de « souffrance sublimée », « offerte en rémission des péchés » a été inscrite dans l’éducation, et pas seulement pour les milieux catholiques intégristes. Ce ne sont que des déviations, et même, des perversions de l’enseignement du Christ.

A mon sens, il y a beaucoup d’orgueil à vouloir se hisser à la hauteur de la souffrance du Christ. Jésus a souffert sur la croix, bien sûr, mais sa souffrance morale en nous voyant retomber sempiternellement dans nos errements et nos péchés a dû être encore plus grande. L’immensité de son sacrifice n’a été ni précédée ni suivie, elle est celle d’un Dieu fait homme, inaccessible à notre perception.

Mais revenons au texte:  » Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps ». De même qu’instrumentaliser le corps des autres et le sien propre en se livrant à la débauche s’oppose totalement à cette parole, se mortifier et combattre tout plaisir physique s’y oppose aussi. Le Seigneur nous a créés tels que nous sommes, dans cette enveloppe charnelle dont nous sommes tenus d’accepter toutes les composantes. Satisfaire ses besoins sans excès, entretenir son corps en bonne forme et santé, c’est rendre grâce à Dieu pour le cadeau qu’il nous fait. Dans la première épitre aux Corinthiens, il est dit encore « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous? » et aussi « Mais le corps n’est pas pour l’impudicité. Il est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. »

Vivre par la foi, dans une relation intime avec Jésus nous rend libres. Cependant, avoir la liberté n’est pas une excuse pour faire tout ce que nous voulons. Paul dans Galates 5 a dit ceci « Frères, vous avez été appelés à la liberté, seulement ne faites pas de cette liberté un prétexte de vivre selon la chair. » Nous devons fuir tout asservissement, lorsque la chose qui nous est permise par cette liberté est devenue notre maître et que nous sommes sous son autorité. Nous avons liberté en toutes choses mais il ne faut pas que ces choses nous maîtrisent. Je vous laisse réfléchir pour détecter quelles sont les choses dans notre vie qui peuvent nous asservir si nous les laissons faire.

Pour terminer ce qu’il dit, Paul va au cœur du problème: « Vous ne vous appartenez point à vous-mêmes. Vous avez été rachetés à grand prix. » C’est une question de possession. Sur la croix Jésus a payé la pénalité pour notre péché. C’était le prix qui a été payé pour nous racheter, pour nous libérer. Nous disons souvent « j’appartiens à Jésus » – oui, peut-être plus que nous n’imaginons! Il est votre maître, vous lui devez votre vie. Vous n’êtes plus esclave du péché, vous êtes serviteur de Christ. Et à cause de cela nous devons vivre pour le glorifier. Glorifier Dieu dans notre corps c’est vivre une vie sainte, modérée conduite par une relation et non pas juste par des règlements. Nous glorifions Dieu quand nous évitons les situations douteuses et que nous enfuyons de l’immoralité sexuelle. Nous glorifions Dieu quand nous réfléchissons à ce que nous faisons et que nous choisissons de faire ce qui lui plaît, en-dehors de tout excès. Nous glorifions Dieu quand notre amour pour lui nous pousse à faire ce qui est juste à ses yeux.

Amen

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