Cette parole de Jésus dans l’Evangile de Luc (9,60) paraît dure. Elle est pourtant une parole d’espérance contre tout fatalisme, toute détresse et toute fascination de la mort. Elle s’inscrit dans le cadre d’un appel de Jésus à le suivre. La démarche paraît simple et pourtant combien de réserves sommes -nous capables d’émettre, nous avons tant de choses plus urgentes à faire ! Et d’un point de vue humain il n’y a rien à redire. Quelqu’un lui dit « laisse-moi d’abord enterrer mon père ». Comment ne pas accomplir ce rite des funérailles qui a cette double fonction dans toutes les cultures d’honorer le défunt et de participer au processus de deuil. Ajoutons que la parole de Jésus est énigmatique : comment un mort peut-il enterrer un mort ? En nous appelant à le suivre, Jésus nous fait comprendre que notre vie n’est pas tournée vers les cimetières, enfermée dans les souvenirs de l’aimé décédé. Notre vie est tournée vers la vie, une vie toujours redonnée au cœur même de la perte et du chagrin, une vie suffisamment forte pour faire le pas suivant, une vie décentrée de soi-même pour nous ouvrir aux autres, nos proches, nos amis, nos frères et nos sœurs dans l’Eglise. C’est une véritable puissance vie. Elle n’est pas le rêve de l’immortalité, ni même celle d’un paradis retrouvé. Comment y accéder ? Jésus en indique le chemin : « suis-moi ». Deux petits mots qui changent toute une vie quand on s’y risque parce que cette puissance de vie n’est pas autre chose que la puissance d’amour de Dieu qu’il a manifesté en Jésus Christ. Le suivre, c’est vivre de cet amour que rien -pas même la mort- ni personne ne peut rompre, c’est vivre de cet amour qui nous lie les uns aux autres. Le suivre, ça vaut le coup !